17 déc. 2013

Avenue du… Parc, Montréal

31 octobre 2012

Probablement qu'il fait comme tout le monde. Qu'il tend la main vers son téléphone posé sur la rambarde du balcon. Qu'il tend la main vers quelque chose qui n'arrivera pas.

Il regarde l'écran de son téléphone. Une fille avec un manteau à carreaux est en train d'accrocher la laisse de son chien à la rampe de l'escalier de la poissonnerie Falero, en bas, de l'autre côté de la rue. Elle prendra des maquereaux. Ou un autre poisson entier qu'il suffit de glisser dans le four avec un filet d'huile et une pincée d'épices à poisson. Quand elle était petite, elle avait écrit dans une rédaction que son père avait pêché des macros. Ça avait fait rire tout le monde. Elle n'aimait pas la façon dont ses gestes n'étaient alors dignes d'intérêt que lorsqu'ils étaient ridicules. «Et avec ça?» «Une poignée de crevettes cuites.» Son chien jappera en la voyant passer la porte. Elle le détachera. Et reprendra son itinéraire en F allant de Fallero à PA, pour revenir sur ses pas, tourner à l'est sur St-Viateur pour les bagels, la viande de Latina, revenir encore sur l'avenue du Parc, passer devant des cafés qui ne la tentent pas parce qu'ils sont installés dans la rue depuis moins longtemps qu'elle, l'ancien cinéma Rialto, faire un crochet par le Dépanneur, mais pas trop longtemps à cause du poisson. À cette heure là, il y a des sacs qui pendent de toutes les mains. On se salue. On est heureux de reconnaître des visages à qui on n'a jamais parlé. Ça s'appelle une vie de quartier.

Il disait qu'il serait écrivain à n'importe quel prix, solitude er malheur compris. Il devait avoir 19 ans. Peut-être 20. Il pense à ce genre de choses sans vraiment se rendre compte qu'il y pense.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire