26 févr. 2012

Dans la rue... Parc, Montréal

16 décembre 2011




C’est arrivé comme une mauvaise fièvre. Rapapapapapa... Un tambour battait, lentement, sans relâche et sans variations. Elle n’avait pas peur, allongée sur le lit, elle suivait distraitement le son tout en réfléchissant à ce qu’elle avait cru tant aimer. Un second tambour s’est joint au premier.

Toum.
Dadam.
Toum.

En bas de l’hôtel, des vagues s’échouaient sur les grosses pierres du carénage. Plus au sud, des plages de sable fin remplies de touristes rougeaux la journée, étaient désertes à présent. Les chiens du quartier aboyaient. Comme tous les soirs. Toum Dadadoum.

Toum
Dadadoum.

Il faisait froid dans la chambre, mais elle n’avait plus la force de se lever pour éteindre le ventilateur. Toudadadoum. Toudadadoum. Toudadadoum. Quelques chants parvenaient à glisser sous l’interstice de la porte, s’enroulaient dans les fanes. Une main s’est posée sur son front, une autre a soulevé sa tête. De nombreuses voix attendaient derrière la porte. Elle aurait voulu se lever, allumer la lumière, mais une douleur irradiait dans ses os. Elle ne pouvait plus bouger. Je ne pourrai plus bouger quand ils entreront, s’est-elle dit. Elle avait froid. Sentait la sueur couler le long de ses cuisses. Des hommes sont entrés. Il y avait des bruits de métaux qu’on pose, un souffle épicé. Elle secouait la tête. Des mains se sont posées sur sa peau. Caressantes. Nerveuses. Un bras est remonté de ses pieds, a traversé ses jambes, a plongé entre ses cuisses, les rires continuaient, a glissé sa main entre ses lèvres, effleurant son clito, humide, jouant rapidement avec, enfoncé un doigt dans son vagin, l’a retiré, l’a remis, l’a retiré, des voix frôlaient son corps, les rires éclataient dans son cou, des mains ont encerclé ses pieds, écarté ses jambes, une autre a ramassé la sueur de son dos, le foutre entre ses lèvres, est entrée dans son cul, le doigt à l’avant entrait, sortait, entrait, sortait, s’enfonçait plus encore, remuait, la main dans son cul forçait un doigt, deux doigts, glissait, remuait, un bruit de chaîne se faisait entendre au loin, accompagné d’un chant qui n’avait rien à voir avec celui des voix qui tournaient autour d’elle. Là bas, ça sentait l’effort de bête et l’humiliation. Ici, le foutre et la sueur. Des mains jouaient avec ses seins, deux larges mains rugueuses. Un homme a dit quelque chose qu’elle n’a pas compris, et les rires encore. Elle était terrifiée, les yeux noyés de sueur, toutes ces formes volaient dans la pièce, repartaient s’enrouler dans les fanes énervées, la frottaient en passant. On aurait dit une cérémonie, on va la sacrifier, les yeux fermés, elle se disait, on va me sacrifier. Une bouche géante a plongé entre ses lèvres trempées, mordu son clito gonflé, remonté sur son ventre, ses seins, c’était frais, sur son cou, embrassé sa bouche, ses yeux, pendant que les doigts sortaient, entraient, sortaient, des mains l’ont retournée, l’homme à la bouche s’est allongé sur elle, tout son poids posé sur elle, est entré dans son cul, les frottements continuaient sur son corps, pinçaient, tordaient, les doigts dans son vagin, entraient, sortaient, le sexe de l’autre qui gonflait, des bouches partout, des mots dans l’oreille qu’elle ne comprenait pas, une main ridée s’est posée sur son front, a tiré sa tête vers l’arrière, une autre a recouvert son visage comme s’il ne fallait plus ni voir ni parler, l’homme à la bouche ouvrait son bassin, ce n’était plus des murmures, mais des cris sauvages qui éclataient autour de son lit, un chœur de rires, de hurlements, de danses et de frottements, et elle a crié aussi, suffocante, elle n’avait jamais crié comme ça, un plaisir violent qui dit stop, son corps retombe, les voix graves s’éloignent dans un murmure, l’homme la libère, les doigts ressortent et caressent sa peau, un chant, elle ouvre les yeux, une tête noire la dévisage et lui dit quelque chose très doucement, elle fait non, non, elle pleure.

Quand elle ferme les yeux, maintenant, elle voit cet homme, ce grand Noir, debout sur une estrade, dans un réduit malpropre. Il est nu, retenu par un collier de fer, enchaîné à d’autres hommes noirs, nus eux aussi, qui la regardent d’un air effrayé. Ils parlent entre eux une langue qu’elle ne comprend pas. Des blancs les examinent, comme s’il s’agissait d’animaux, touchent leur corps, tâtent leurs couilles, leur écarte la bouche. Elle entend des gémissements de faim, sent l’odeur de la souffrance dans la remise. Quand elle rouvre les yeux, le Noir continue de la regarder. Il lui demande de s’allonger sur le dos. Non, non. De ne pas bouger. Caresse sa joue. Chhhhhhut. Sa main gambade, des épaules aux seins, des seins au ventre, du ventre au sexe, non, l’implore-t-elle, glisse sa main entre ses cuisses à nouveau, non, des bras passent sous ses jambes, soulèvent son bassin, et elle le voit oui, elle le voit, enfoncer son bras entier dans son vagin, et elle le sent traverser son ventre, pour aller attraper son foie qu’il saisit, arrache. Et ressort avec le foie entre son poing. Les yeux exorbités, elle les voit s’en aller avec leur prise en s’enroulant dans les fanes, s’évaporant, et elle se rendort.

Au matin, le son des tambours est encore palpable. Avant d’ouvrir les yeux, elle a l’impression qu’il lui faut ramper sur un sol rocailleux, s’arracher à un terrier, et ahhh, respirer enfin.

16 févr. 2012

Dans la rue... Esplanade, Montréal

29 mai 2011





Elle sait bien qu’au moment exact où Alberto passera définitivement la porte pour ne plus revenir, tous ses désirs extraconjugaux, et la frustration de laisser toujours à l'état de fantasme les prémices de rencontres amorcées d'un regard, les envies - inattendues, mais violentes - de baises, sauvages avec un inconnu, tendres avec un ami, se désintègreront. Qu'ils ne seront plus « sa liberté ».

Pourquoi? Il lui faudra coucher sur le papier cette grande réflexion partant de Sartre, et menant de la responsabilité au désir. Mais là, ce qui l’habite à cet instant précis, c’est le fait que, tout comme on ne désire que ce qui nous manque, on éprouve le besoin d’être libre parce qu’on ne l’est pas. La liberté ne serait alors qu’un désir, non une valeur, et la démocratie, en nous libérant du désir de liberté, laisserait plus de place à d'autres désirs, l’amour, le bonheur, la maison, la voiture, la seconde voiture, la machine à expresso, la veste griffée, la chaleur de la Floride, le bonheur, l’amour, le bonheur, le bonheur, le bonheur.

Elle se demande si elle ne pourrait pas dire qu’elle désire la liberté au même titre qu’elle a ardemment désiré qu’il se passe quelque chose avec ce Jérome dans le métro, ardemment désiré que ce regard qui la perçait se rapproche du sien jusqu’à ce que leurs lèvres se collent. Ardemment désiré tout en tremblant à l’idée que cela arrive et que le désir, du même coup, soit chassé, laissant la place à d’autres sentiments bien plus rugueux comme le remord. Ou la déception. 

N’est-elle pas finalement heureuse dans cette cage? Car, enfin, elle le sait, la cage est ouverte.
Mais lui. Le sait-il?


6 févr. 2012

Dans... une ruelle sans nom, Montréal

20 juin 2011




Combien d’invités sont-ils nécessaires pour justifier l’ouverture d’une seconde bouteille?