30 mars 2012

Chemin... du chemin de fer, Montréal

18 janvier 2012




La première fois que je l’ai vu, c’était au début de l’hiver, une journée froide et recouverte d’une épaisse couche de verglas. Les gens s’arrimaient aux réverbères, abribus et poignées de porte sans plus d’espoir d'arriver à destination. Moi, j’avais de la chance, mon atelier était en bas de la rue, j’avais qu’à prendre de l’élan, puis me laisser glisser, ça se passait bien, quand, foutrebleu!, j’avais buté sur lui. « Oups », j’avais fait. « Y’a pas de quoi », avait émergé une voix d’un amoncellement de couvertures et de poils. J’avais penché un peu le buste pour tenter de distinguer ce qu’il y avait de vivant et dans quelle quantité. « Wow, wow, propriété privée », avait fait la voix. Le chien, lui, car c’était bien un chien, n’avait pas daigné renchérir.

— Ça doit sentir la crevure là-dedans!

Effectivement, ça schlingait, remarquais-je en me baissant.

—Merde, foutez-moi la paix, j'ai rien fééehhhhh, s’était insurgée la voix quand j’avais arraché la couverture.
Puis il s’était tu, m’avait dévisagée.

Il avait les joues roses et lisses, autour des yeux, aucune de ces rides particulière aux gens de la rue. J’avais remarqué ça en regardant le film d’Alejandro Gonzalez Inarritu. Le personnage du clochard, joué par Émilio Echavarria et acclamé par la critique, avait, oui c'est vrai, la barbe mal taillée, les cheveux en broussaille et les fringues en lambeaux. Mais il ressemblait plus à Pierre Richard à la campagne surpris par un paparazzi qu'à un clochard. Ça se voyait bien qu’il ne savait pas de quoi il s’agissait. 

Carlos m’avait confirmé toutes ces impressions et j’avais promis de garder son secret. Pendant qu’il secouait ses couvertures pour les bourrer dans son sac, son chien me léchait les oreilles en jappant chaque fois que j’essayais de lui rendre la pareille. Il avait accepté de passer la nuit chez nous. C’était sans engagement, sans contrat, j’avais précisé, et j’avais dit merci, merci.

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